Vers la fin des examens de recertification ?

24 05 2016

Ne plus devoir repasser les examens de recertification tous les cinq ans, c’est bien sûr l’espoir légitime de tous les diagnostiqueurs. Chronophage et coûteuse, stressante, voire humiliante selon certains, l’obligation de réussir des examens pour espérer continuer à exercer son métier est évidemment mal vécue.

La question a d’ailleurs largement occupé le dernier salon professionnel des diagnostiqueurs (Rendez-vous du Diagnostic Immobilier) qui s’est tenu le 31 mars. Il faut dire que plusieurs initiatives ont fait naitre des espoirs ces dernières semaines.

L'opération de communication organisée depuis le 29 février par Yvan Marzolf, blogueur bien connu (Sosdiagimmo) et fournisseur (la Centrale du diagnostiqueur) du marché du diagnostic immobilier, fait notamment beaucoup parler d'elle. Elle mobilise un groupe de diagnostiqueurs réclamant la suppression des examens de recertification et proposant en contrepartie des formations continues (une demi-journée par an et par domaine). Destinataire de plusieurs dizaines de courriers, le ministère n’a pas attendu longtemps pour recevoir, lundi 4 avril, dans le cadre de la politique de « simplification de la vie des entreprises » chère à Emmanuel Macron, une délégation de trois de ces diagnostiqueurs.

Groupe de travail CINOV FIDI

 Mais une autre initiative bien plus crédible, et s’inscrivant davantage dans la durée, avait été lancée bien auparavant par CINOV FIDI. La fédération, soucieuse de répondre aux remontées de ses adhérents pour la plupart franchisés ou membres de réseau, a constitué dès 2014 un « comité de liaison » sur le sujet de la recertification. Ce groupe de travail mené avec dynamisme par François-Philippe Croué, président de Defim, et qui a réuni une grande partie des organismes de certification, propose la suppression des examens théoriques et pratiques dans tous les domaines de certification, en contrepartie d’une obligation de formation continue et d’un contrôle in situ qui ferait office de recertification.

Mais chacun a sans doute dû revenir à la réalité ce même lundi 4 avril, au sortir d’une réunion de concertation sur le projet d’arrêté compétence amiante. Loin d’un assouplissement du dispositif, le texte présenté par le ministère du logement prévoit au contraire un durcissement des conditions de recertification calquées sur le modèle du domaine DPE. Ainsi, en plus des examens théoriques et pratiques quinquennaux, les diagnostiqueurs devront justifier d’une formation de 2 à 5 jours, couplée avec des opérations de surveillance et de contrôle in situ pour le niveau avec mention, et ceci avant chaque cycle de recertification.

Profession peu audible

Malgré le travail réalisé par CINOV FIDI, le ministère du logement démontre donc sa fermeté et rien ne semble vouloir le faire plier, au moins sur l’amiante et le plomb, domaines à fort enjeu de santé publique. En 2014, faut-il le rappeler, le Sénat et le HCSP invitaient tous deux le gouvernement à intensifier le contrôle des opérateurs amiante en obligeant les organismes certificateurs à procéder à « plusieurs contrôles inopinés sur place pendant la période de surveillance » et en instaurant des formations « encore plus rigoureuses ».

Avec une sinistralité actuelle très préoccupante et une image toujours plombée par les errements du passé, la profession peine à convaincre de la réalité de sa montée en compétences. D’autant que, comme trop souvent, des revendications discordantes et hétéroclites contribuent à brouiller le message qu'elle voudrait faire entendre aux pouvoirs publics.

Sauf surprise de taille, les diagnostiqueurs devront sans doute « faire leurs preuves » encore quelques années, et redoubler de rigueur, pour espérer un aménagement de leur dispositif de certification.

En attendant, les administrations des ministères continueront d’accueillir toujours aussi poliment toutes les doléances, des plus crédibles aux plus improvisées, au risque d’alimenter des espoirs déçus.